Visiter la grotte

D’un site à l’autre, le signe tectiforme est toujours bâti selon un schéma identique. L’élément principal est le pilier central. Il offre un axe de symétrie parfait et supporte la « construction ». Il est souvent appuyé sur une base horizontale, et toujours surmonté d’un toit. Ce dernier est composé de deux pans obliques. Parfois, d’autres tracés verticaux ou obliques complètent de part et d’autre la structure en pentagone. Ce schéma de base est parfois rendu plus complexe par un remplissage linéaire ou ponctué de la partie interne du signe. En réalité, malgré une très grande similarité d’un motif à l’autre, il n’y a pas deux signes tectiformes qui soient exactement identiques. Cela est vrai aussi bien d’une grotte à l’autre mais aussi au sein d’un même site. Cette variabilité formelle témoigne donc d’une certaine liberté expressive, qui peut aussi revêtir des nuances symboliques.

Les techniques d’expression graphiques utilisées pour représenter ces signes sont également très variées. Les tectiformes sont souvent gravés au silex. Parfois, ils sont esquissés du bout des doigts ou avec un simple bâton sur les supports les plus tendres. Ailleurs, ils sont finement dessinés ou peints au pigment rouge. Dans cette catégorie, l’un des signes les plus remarquables est sans doute celui du fond de la grotte de Bernifal, réalisé par la juxtaposition de plusieurs centaines de ponctuations rouges de moins d’un centimètre de diamètre. Le catalogue des techniques mises en œuvre par les artistes est vaste mais il ne faut pas oublier que le support joue un rôle contraignant. Telle paroi molle se prêtera à la gravure grossière au doigt ou au bâton mais sera inadaptée à la peinture. Telle autre suscitera plutôt la peinture que la gravure. L’insertion des signes tectiformes dans les grottes et sur leur support spécifique est révélatrice, au même titre que les autres thèmes de l’art paléolithique, de l’extrême complexité des comportements symboliques sous-tendus.